Clandestins : le casse-tête des communes

  • Par sophie123
  • Le 07/10/2009
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    Clandestins : le casse-tête des communes

  • A Grigny, 20% de la population pourrait ne pas être recensée.
    A Grigny, 20% de la population pourrait ne pas être recensée.

    Non recensés par l'Insee, ils pèsent sur les finances de certaines villes pauvres.

    C'est une population qui échappe au recensement de l'Insee. Qu'ils soient sans papiers, hébergés ou en sous-location, ces habitants de l'ombre sont particulièrement nombreux en région parisienne, où les tensions immobilières sont fortes.

    À Grigny, dans l'Essonne, ces «hébergés» pourraient représenter jusqu'à 20 % d'habitants supplémentaires, si l'on en juge par l'explosion du nombre d'écoliers. Alors que la commune compte 26 000 habitants, elle affiche 1 400 élèves de primaire de plus que sa voisine Viry-Châtillon pourtant plus peuplée (31 000 habitants) ! Cela représente presque 45 classes que le recensement n'annonçait pas. Quatre groupes scolaires à bâtir, entretenir, chauffer, rénover et autant d'enfants à nourrir le midi. Or, «un groupe scolaire coûte en moyenne 500 000 euros par an à la commune», résume Philippe Hivert, le directeur de cabinet du maire. «La Ville fait face à un surcoût scolaire d'au moins 2 millions qui vient creuser notre déficit qui avoisine déjà les 14 millions… C'est insoutenable.»

    Depuis des années, la ville, une des plus pauvres et des plus jeunes du pays, est incapable de redresser ses finances et vit sous tutelle de l'État. Certains accusent l'élu PCF d'avoir laissé les familles démunies se concentrer sur son territoire pour consolider sa base électorale et gérer comme une manne l'attribution de postes de fonctionnaires. Mais l'afflux de sans-papiers, qui rejoignent souvent des proches ou s'installent dans une copropriété dégradée de Grigny, a fini par grever plus encore les budgets avec une facture scolaire et sociale alourdie.

     

    Dotations de l'État indexées

     

    Pour récupérer de l'argent public, l'édile de Grigny plaide depuis des mois pour que l'Insee recompte sa population. Il a demandé à la préfecture d'intercéder, «car le compte n'y est pas». L'Insee assure pourtant qu'elle adapte ses méthodes aux différents quartiers. À Garges-lès-Gonesse, autre ville démunie du Val-d'Oise, le maire a également fait savoir qu'il jugeait sa population largement sous-évaluée et assure que près de 10 % des enfants scolarisés ont des parents «hébergés».

    Certes, cette contestation n'est pas réservée aux communes populaires. Comme les dotations de l'État sont indexées sur le recensement, le nombre d'habitants est partout un enjeu. L'Insee a reçu quelque 500 demandes d'informations complémentaires.

    Dans la plupart des villes, le budget provient pour les deux tiers des taxes et impôts locaux et pour un tiers de dotation. «Chez nous à Villiers-le-Bel, c'est l'inverse. Les transferts et notamment la dotation de solidarité urbaine sont vitaux», rappelle Nicolas Carrier, directeur de cabinet du maire. Officiellement, cette ville du Val-d'Oise compte 26 000 habitants. Et reçoit une dotation générale à laquelle s'ajoute une dotation spécifique pour quartier en zone sensible, également adossée au recensement. Or, à la rentrée «il a fallu ouvrir six nouvelles classes», explique la mairie. Comme l'argent manquait, l'administration n'a bâti que des écoles primaires, pour assurer l'obligation scolaire. En maternelle, elle n'accueille plus que les résidents, et quelques hébergés s'il reste de la place. Une façon de supprimer des coûts qui ne sont pas compensés.

    Villiers-le-Bel a aussi mis en place un quotient familial qui module le prix de la cantine en fonction des revenus… Cette mesure favorise 85 % des familles qui ont vu leur tarif baisser, à condition de présenter leur feuille d'imposition. Ceux qui ne pouvaient prouver leur résidence ont conservé le tarif maximum de 2,90 euros… Une mesure qui pourrait décourager l'installation de ceux qui ne contribuent pas aux finances de la ville.

    En aparté, les maires de ces communes pauvres d'Ile-de-France reconnaissent le problème. Mais beaucoup ferment les yeux. Rares sont ceux qui comme Pierre Cardo, ancien maire de Chanteloup-les-Vignes, assume publiquement : «On ne peut pas demander aux communes les plus pauvres d'accueillir la misère du monde.»

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